Pourquoi le réseau Apidae est-il si singulier ?

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Nous publions aujourd'hui un texte extrait d'un article en date de novembre 2016 dans la revue Sciences du Design (n°4 - thématique Algorithmes). Il a été écrit par Eric Lacombe, Designer-ingénieur-consultant en stratégie et ergonomie numérique (eGuilde), qui accompagne actuellement le réseau Apidae.
Le texte complet sera disponible à l'adresse suivante : http://www.sciences-du-design.org/04/ à compter du 07 décembre.

Dans la veine du premier anniversaire de la marque Apidae, Eric nous propose sa vision sur l'essence même du réseau et ses richesses. Est de répondre à la question "Pourquoi Apidae est-il si singulier ?"
Qu'il en soit ici remercié.

De la mutualisation au développement de l'attractivité

Apidae est à la fois « un réseau d’acteurs professionnels du tourisme, une plateforme de travail collaborative et une gamme de services ».

Le réseau d’acteurs est principalement constitué de contributeurs, de diffuseurs, et de partenaires techniques ; il compte aujourd’hui environ 12 000 utilisateurs.

La plateforme collaborative centralise l’information. Développée par un prestataire externe (Smile), elle intègre classiquement des algorithmes permettant de gérer la chaîne complète de production et d’exploitation des données. Elle constitue le point focal des relations entre les acteurs.

Les premiers services proposés assurent la formation et l’accompagnement ; ils sont fournis par des équipes d’animateurs et de formateurs, renforcées par des coachs.

Guidé par des raisons économiques, l’objectif opérationnel initial était la mutualisation des outils et le partage de données, en permettant à chacun de construire sa stratégie, dans la mesure où elle reste compatible avec celle des autres.
L’axe stratégique général de cet écosystème est désormais le développement du potentiel d’attractivité des territoires. A partir des descriptions détaillées de l’offre, il s’agit de favoriser la construction de services destinés aux professionnels, pour leur permettre au final d’enrichir l’expérience touristique. /.../

Ressentir et ajuster

Si les nouvelles plateformes numériques dans le secteur du tourisme s’inscrivent dans le paradigme « prévoir-contrôler », le réseau Apidae s’est développé sur un autre paradigme, « ressentir-ajuster », poussé par les éléments moteurs du réseau, principalement une équipe d’animateurs.
Ce second paradigme est inspiré du fonctionnement de la nature (Chapelle et Decoust, 2015). C’est celui sur lequel fonctionne le designer, en particulier avec l’approche design thinking.

En nous appuyant sur ce paradigme et notre expérience de design-engineer (TAKRAM, 2014), nous avons proposé une évolution du réseau selon une approche distribuée et transparente, vers un réseau hybride d’intelligence :
- réseau, soit un ensemble de relations permettant d’échanger des flux, d'information, financiers, ... ;
- hybride, en mixant intelligence humaine et intelligence artificielle ;
- d’intelligence, définie par la capacité d’adaptation au changement.

Nous sommes partis du principe que le territoire est source de valeurs et que la création de valeur s’effectue par la mise en relations : la valeur est créée, partagée et accessible via l’actualisation du potentiel des différents acteurs du réseau. Cette approche est en phase avec la téléonomie (finalité apparente) du numérique, créer des liens.

Les liens sont déjà nombreux dans la plateforme puisque :
1) elle référence plusieurs centaines de milliers d’Objets Touristiques, comme des lieux, services ou activités,
2) ces Objets sont en relation avec leurs responsables,
3) ils sont également reliés à des projets de diffusion des données, tant à l’échelle locale que globale, eux-mêmes en relation avec des diffuseurs.

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source : http://lacombe.eu/WordPress/wp-content/uploads/2016/02/drawit-diagram-4.png

Via des liens de parrainage, les relations entre acteurs sont également multiples et conviviales mais largement sous exploitées numériquement car la priorité a été mise sur l’outil technique de production/diffusion des données. Au fil des évolutions, il s’est considérablement enrichi, pour devenir une source potentielle d’aliénation (Simondon, 2012) et de coûts cachés (Savall et Zardet, 2015). Des tests utilisateurs ont ainsi mis en évidence la complexité d’accès pour les nouveaux entrants.

Le réseau hybride d’intelligence a pour premier objectif de répondre à cette dérive en recentrant le projet sur les acteurs du territoire, puisqu'ils incarnent la force du réseau, par leur connaissance et proximité du terrain. Avant de considérer les algorithmes, c’est sur eux qu’il nous a semblé pertinent de s’appuyer, en leur apportant des outils et méthodes permettant d’améliorer le fonctionnement de l’organisation, en prenant soin de conserver les composantes de l’agilité du réseau, soit des outils simples à prendre en main et faciles à faire évoluer.

Références bibliographiques citées dans cet extrait :

  • Chapelle G., Decoust M. (2015), Le Vivant comme modèle, Paris, Albin Michel
  • Savall H., Zardet V. (2015), Maîtriser les Coûts et les Performances Cachés, Paris, Economica, 6e éd.
  • Simondon G. (2012), Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier
  • Takram Design Engineering (2014), Pendulum of design innovation, Contemporary Architect’s Concept Series 18, Tokyo, LIXIL Publishing